Municipales 2026 : la Petite Ceinture, un consensus en trompe l'oeil ?
À mesure que la campagne municipale avance, la Petite Ceinture s’impose comme un sujet presque consensuel. Comme l’exprimaient les représentant-es des diverses listes présent-es à notre grand événement de campagne début décembre, tous ou presque s’accordent à reconnaître son potentiel, son caractère exceptionnel, et son rôle dans la ville de demain. Ces engagements sont à saluer. Mais derrière les mots partagés, les projets divergent profondément, laissant parfois apparaître un manque de vision d’ensemble (et pour Reconquête, un manque de vision tout court). Sans une vision à l’échelle de la ville prenant en compte les spécificités et la diversité de la Petite Ceinture, celle-ci risque de rester ce qu’elle est trop souvent aujourd’hui : fragmentée.
Une Petite Ceinture réhabilitée, mais selon quelles logiques ? Synthèse des programmes
Une Petite Ceinture réhabilitée, mais selon quelles logiques ? Synthèse des programmes
P.-Y. Bournazel (Horizons/ LREM) : la réhabilitation comme restitution
Le programme de Pierre-Yves Bournazel repose sur un diagnostic largement partagé :
« Longue de 36 kilomètres, la Petite ceinture a été laissée à l’abandon, à l’exception de quelques aménagements ici et là. Or c’est un patrimoine naturel et urbain exceptionnel. »
La réponse proposée est celle d’une réhabilitation:
« Je veux rendre la Petite ceinture aux Parisiens en la réhabilitant avec des espaces verts, des espaces culturels et des parcours sportifs. »
La Petite Ceinture est ici pensée comme un support d’usages, explicitement orienté vers des publics identifiés — « les jeunes, les familles ou les personnes âgées » — et animé par des « lieux associatifs ». La logique est celle d’une programmation : multiplier les fonctions pour rendre l’espace attractif.
Le projet se distingue par son degré de précision opérationnelle :
« De nouveaux sentiers seront ouverts à la promenade dès 2027 (…) négociation avec la SNCF (…) investissement de 15 millions d’euros. »
Le programme est ambitieux et reprend notre proposition de créer un parc continu sur le tracé de la Petite Ceinture. Mais cette annonce masque également une question centrale : la continuité. La réhabilitation est pensée tronçon par tronçon, dans une logique d’ouverture progressive, sans réflexion explicite sur ce qui ferait de ces 36 kilomètres autre chose qu’une juxtaposition d’aménagements ni de précision sur le type d’aménagement (réversible ou non, promenade plantée ou spontanée, etc.).
Pour plus d’informations voir le programme de P.-Y. Bournazel.
E. Grégoire (PS/ Les Ecologistes/ PCF) : le récit du grand parc
Le programme de l’Union de la gauche hors LFI est celui qui formule l’ambition la plus englobante :
« Un grand parc, qui fait le tour de Paris, c’est possible, grâce à l’ouverture de la petite ceinture. »
La Petite Ceinture est ici élevée au rang qu’elle mérite : un parc circulaire, structurant, capable de faire système à l’échelle de la ville. Le programme revendique une continuité avec les politiques menées depuis 2014 :
« Après avoir rendu accessible (…) une dizaine de tronçons (…) nous créerons 10 km d’espaces verts supplémentaires. »
Là où cette proposition se distingue, c’est dans l’évocation explicite de la « création de jonctions végétalisées en surface entre les tronçons. »
C’est la seule occurrence, dans l’ensemble des programmes examinés, où la question du lien entre les tronçons est nommée. Mais cette mention reste brève, peu détaillée, et subordonnée à des objectifs généraux tels que « développer la biodiversité (…) offrir un espace de balade et d’animation culturelles et festives. »
Autrement dit, le récit du « grand parc » est posé, mais les conditions concrètes de sa réalisation — notamment en matière de continuité écologique fine — restent largement indéterminées. D’autre part, nous avons noté qu’aucune rue sur le tracé de la Petite Ceinture ne figurait dans la liste des rues à végétaliser publiée par l’équipe du candidat. La proposition formulée par le représentant des Ecologistes lors de notre débat de créer un "conseil de la Petite ceinture" intégrant la SNCF, la Ville de Paris, les associations et les habitants ne semble pas avoir été reprise dans le programme de l'Union de la Gauche.
Pour plus d’informations voir le programme d’E. Grégoire.
S. Chikirou (La France insoumise) : la Petite Ceinture comme support fonctionnel
Chez La France insoumise, la Petite Ceinture apparaît de manière beaucoup plus ciblée :
« Inclure (…) des équipements sportifs adaptés à la pratique du sport en plein air. »
Ici, la ligne n’est ni un parc, ni un corridor écologique, ni un patrimoine à relier : elle est un support disponible pour des équipements. La question de la promenade, de la continuité, du paysage ou du vivant est absente. La Petite Ceinture est intégrée à un plan d’aménagement, mais sans statut spécifique.
L’absence de projet structurant pour la Petite Ceinture dans le programme de la France Insoumise interroge alors que son représentant à notre soirée spéciale municipales, M. Roland Timsit, avait alors proposé une ouverture complète des 32 km, mais avec coordination à l’échelle métropolitaine via une planification publique, et une priorité absolue donnée aux projets associatifs et de l’économie sociale et solidaire et une position fermement anti-marchandisation présentant la Petite Ceinture comme un bien commun. M. Timsit avait également fait une proposition singulière, envisageant la Petite Ceinture comme support logistique pour le transport de marchandise sur le « dernier kilomètre » à certains horaires, pour réduire le trafic routier. Mais nulle trace de cette idée non plus dans le programme.
Pour plus d’informations voir le programme de S. Chikirou.
T. Mariani (Rassemblement national) : une vision sectorielle
La proposition du Rassemblement national est strictement territorialisée :
« Renforcer l’aménagement de la Petite Ceinture ouest (…) et de la Petite Ceinture dans les 12ème, 13ème, 14ème et 15ème arrondissements. »
La Petite Ceinture n’est pas pensée comme un ensemble, mais comme une série de secteurs à traiter séparément. Aucune vision d’ensemble, aucune réflexion sur la continuité ou sur le rôle métropolitain de la ligne.
Pour plus d’informations voir le programme de T. Mariani.
Les absences qui comptent
Du côté de R. Dati (Les Républicains) :
Pas un mot inscrit dans le programme officiel. Cependant, leur représentant à notre soirée de débats, M. David Alphand, avait alors explicitement appelé à renoncer à « l’utopie d’une ceinture intégralement végétalisée » tout en soutenant de manière plus large l’ouverture de nouveaux tronçons au public. La vision qu’il avait alors exposée s’inscrivait dans une vision opérationnelle : dépolluer les traverses (« première urgence »), accompagner la « reconquête » naturelle des talus, et faire des tunnels des espaces d’innovations sportives (par exemple, avec des terrains de basket 3x3, skate, paddle, badminton). Il est surprenant que ces propositions ambitieuses n’aient pas trouvé leur place dans le programme des Républicains.
Pour plus d’informations voir le programme de R. Dati.
Du côté de S. Knafo (Reconquête) :
Pas un mot, dans un programme par ailleurs très peu porté sur les sujets de mobilité piétonne ou d’écologie.
Ces silences disent aussi quelque chose : pour une partie du spectre politique, la Petite Ceinture ne constitue pas un enjeu stratégique en tant que tel.
Pour plus d’informations voir le programme de S. Knafo.
Des ambitions affirmées, mais des différences de priorités et un impensé majeur
En tant qu’association de promeneurs et d’observateurs attentifs du territoire, nous ne pouvons que saluer la présence de la Petite Ceinture dans les programmes des candidat-es.
Cependant, à l’exception de la mention de jonctions végétalisées par l’Union de la gauche, aucun programme ne traite sérieusement de la question des liaisons végétales nécessaires pour transformer la Petite Ceinture en un parc réellement continu.
Or, sans continuité écologique :
il n’y a pas de corridor de biodiversité fonctionnel ;
il n’y a pas de promenade fluide et lisible à l’échelle parisienne ;
il n’y a pas de grand parc métropolitain, mais une succession de tronçons plus ou moins connectés.
Parler d’un « grand parc qui fait le tour de Paris » suppose de penser les interstices, les franchissements, les coupures urbaines, et pas seulement l’ouverture de sections isolées ou la juxtaposition d’usages.
Ce qui reste en jeu
La campagne municipale 2026 montre que la Petite Ceinture est désormais reconnue comme un enjeu urbain majeur. Mais elle révèle aussi un angle mort persistant : la continuité végétale comme condition d’un parc public à part entière.
Pour les promeneurs, les riverains et les défenseurs du vivant, la question n’est pas seulement d’ouvrir ou d’aménager, mais de relier.
C’est à cette condition que la Petite Ceinture pourra réellement devenir ce qu’elle promet d’être depuis des années : une promenade piétonne, écologique et culturelle continue autour de Paris.